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Interview du directeur de l'aéroport Matthias Suhr sur les leçons à tirer de la pandémie

Après presque deux ans de pandémie, les signes sont bonspour que nous puissions bientôt laisser la pandémie derrière nous. Pour 2022, Matthias Suhr, directeur de l‘EuroAirport, compte sur environ deux tiers du volume de trafic de l'année record 2019, ce qui correspond à environ 6,2 millions de passagers. Selon M. Suhr, le deuxième pilier de l'EuroAirport, le fret, qui a progressé l'année dernière, continuera à bien se développer en 2022. Mais nous avons aussi discuté des principales leçons à retenir de la pandémie ainsi que de l'ambiance au sein du personnel et nous avons voulu savoir quels étaient les projets d'investissement actuels et ce qu'il adviendrait du projet de liaison ferroviaire.



Nous commençons à sortir de la pandémie. Quelles sont les trois principales leçons que vous avez tirées en tant que directeur d'aéroport ?


Premièrement, la flexibilité, deuxièmement, la flexibilité et troisièmement, la flexibilité. Les choses se sont souvent passées différemment de ce que nous avions prévu. Beaucoup de choses ne pouvaient pas être planifiées, car de nombreuses décisions importantes ont été prises en dehors de l'aéroport. Si l'on n'est pas flexible dans une telle phase, on fait quelque chose de mal.



Est-ce qu’il y a des choses que vous feriez différemment ?


Il est toujours plus facile, après une crise, de juger de ce qu'il aurait fallu faire différemment. Nous prendrons certainement le temps de faire le bilan. Mais il est encore trop tôt pour le faire.



Et quelles sont les choses que l'aéroport a bien faites du point de vue actuel ?


Ce qui n'a certainement pas été mal fait, c'est le fait d'avoir serré très tôt et très fort la vis des économies. Nous ne savions pas encore à l'époque quels seraient les effets négatifs de la pandémie sur notre aéroport. C'est grâce à cette réaction précoce que nous sommes aujourd'hui en bonne santé financière et que nous n'avons pas eu besoin de recourir aux aides de l'État, à l'exception des indemnités de chômage partiel.



La pandémie dure maintenant depuis bientôt deux ans. Comment percevez-vous l'état d'esprit de votre personnel aujourd'hui ?


En novembre dernier, nous avons mené notre enquête régulière auprès des collaborateurs. Il en est ressorti deux conclusions principales : Les collaborateurs sont fatigués après deux ans de pandémie et de perspectives peu claires. En même temps, les collaborateurs ont également exprimé dans le sondage une confiance fondamentale dans l'avenir de l'aviation et de l'EuroAirport.



Que signifie la fin imminente de la pandémie pour l'aéroport ?


Tout d'abord, un soulagement pour les opérations. C'est justement à l'enregistrement que les passagers ont eu besoin de beaucoup plus de temps en raison des différentes dispositions spécifiques à chaque pays autour de la pandémie. C'est aussi là que des situations difficiles se sont produites à plusieurs reprises entre les passagers et le personnel d'enregistrement et de contrôle des passeports. La normalisation facilitera donc considérablement la vie des passagers et du personnel de l'aéroport et de ses partenaires.



Jetons maintenant un coup d'œil dans la boule de cristal : en 2021, l'aéroport a accueilli 3,6 millions de passagers au total. Combien va-t-il avoir cette année ?


Il est très difficile de faire des prévisions. Nous estimons toutefois que nous aurons environ deux tiers du volume de trafic de l'année record 2019, ce qui correspondrait à environ 6,2 millions de passagers. Pour cela, nous avons besoin d'une nette augmentation par rapport à l'année dernière, où nous n'avions que 3,6 millions de passagers. Cette augmentation devrait surtout avoir lieu au premier semestre, car nous avons relativement bien travaillé au second semestre 2021. Durant cette période, il était à nouveau possible de voyager plus facilement grâce au certificat ou bien au carnet de vaccination. Mais tout dépendra de l'évolution de la pandémie ou des éventuelles variantes du virus.



Le volume de fret a augmenté de 10% l'année dernière pour atteindre 119 000 tonnes. Cette tendance à la croissance se poursuit-elle ?


Nous pensons que le fret continuera à bien se porter en 2022. L'augmentation de l'année dernière est surtout due au fait que nous avons accueilli un nouveau prestataire de services tout cargo, Air Canada. Pendant la pandémie, Air Canada avait transformé quelques avions passagers en avions cargo. Le Dreamliner, qui a décollé de l'EuroAirport l'année dernière, en faisait partie. Avec l'arrivée des vols long-courriers, davantage de fret sera à nouveau transporté dans le ventre des avions passagers, ce qui freinera quelque peu la demande de vols tout cargo. Le fret express, qui a également fortement profité de la pandémie, continuera à se développer de manière positive.



Et qu'attendez-vous pour le secteur de l'industrie ?


Le secteur de l'industrie est relativement stable, car les avions doivent être entretenus à une fréquence prescrite.



Vous avez mis certains projets d'investissement en attente à cause de la pandémie. Quels sont les projets que vous allez remettre en premier sur la liste des priorités ?


Nous avons eu la grande chance de ne pas avoir lancé de gros investissements avant la pandémie. Nous avons ainsi stoppé à temps les investissements dans l'extension prévue du terminal. Suite à la pandémie, nous avons rediscuté de ce grand projet et sommes parvenus à la conclusion que nous voulions aborder l'adaptation de l'infrastructure avec beaucoup plus de prudence et donc la planifier en différents modules. L'avantage de cette approche est que nous sommes plus flexibles et que nous pouvons réaliser les différents modules en fonction de l'évolution du trafic aérien.


Quels sont les investissements que vous ferez encore cette année ?


Comme nous accueillerons à nouveau plus de passagers cette année, nous souhaitons investir en 2022 principalement dans des projets qui profiteront aux passagers. Il s'agit notamment d'investissements dans la zone d'arrivée au deuxième étage. Notre objectif est d'achever ces rénovations d'ici début 2023.



Comment se présente la coopération de l'EuroAirport avec le monde politique ?


Nous maintenons un dialogue très direct et ouvert avec les représentants politiques. Notre conseil d'administration inclut par exemple des représentants politiques de Suisse et de France. Il s'agit entre autres de thèmes concernant l'avenir de l'aéroport, y compris le climat et le bruit. A cet égard, nous avons récemment mis en œuvre une mesure importante en interdisant les décollages planifiés après 23 heures ; d'autres mesures sont en cours de planification.


Encore un mot sur un sujet d'actualité : à l'automne 2021, une consultation publique a été organisée sur le projet de raccordement ferroviaire de l'aéroport. Que va-t-il se passer maintenant ?


Un rapport sur la consultation publique menée par les autorités françaises a récemment été rédigé. La conclusion est que la commission a approuvé à l'unanimité le projet de raccordement ferroviaire. Le rapport est maintenant en attente de signature auprès de la préfecture. Après la signature, le projet peut être poursuivi. La poursuite du projet signifie également que SNCF Réseau peut acquérir les terrains nécessaires à la construction de la ligne ferroviaire, si nécessaire par voie d'expropriation. Parallèlement, des études détaillées et les modalités précises de financement seront élaborées.



Certaines communes et certains partis ont émis des critiques contre le projet. Quelle est l'ampleur de ces oppositions ?


Oui, c'est vrai. Dans le cadre de la consultation, certaines communes et certains partis ont exprimé leur opposition à la fermeture du rail. Ils craignent surtout que la fermeture du chemin de fer n'entraîne une augmentation du nombre de passagers aériens. Dans le cadre de la consultation, une étude externe a été commandée pour examiner précisément cette question. Elle est arrivée à la conclusion que l'augmentation du nombre de passagers aériens due au raccordement ferroviaire serait de l'ordre de quatre pour cent. C'est pourquoi, selon moi, ces résistances sont infondées et je m'attends à ce que le raccordement à l'aéroport puisse être réalisé d'ici 2030 en tant que partie du réseau RER trinational supérieur.